Mais qui sont vraiment les sorcières ?

Personnages populaires des contes, les sorcières sont souvent décrites comme terrifiantes, hideuses et malveillantes. Pourtant, dans Sorcières disent-ils !, pas de chapeau pointu ou de nez crochu. Juliette Ihler et Singeon brossent un portrait très différent de ces femmes pourchassées pour ce qu’elles représentaient.

Mais alors, qui étaient vraiment les sorcières ?

Résumé : Qui étaient les sorcières ? À travers le récit de « coupables » emblématiques – la guérisseuse, la paysanne, la magicienne, la femme âgée ou indépendante -, se révèle l’histoire d’une misogynie millénaire et d’un système patriarcal renforcé par l’émergence du capitalisme. Aujourd’hui, c’est pour se réapproprier leur puissance que des féministes réhabilitent ces figures émancipatrices.

Mon avis : Juliette Ihler et Singeon mettent en lumière et en couleur la chasse aux sorcières, une période sombre et douteuse qui s’étala sur deux siècles (du XVème au XVIIème). Un des plus grands massacres perpétré par un système patriarcal horrifiant diabolisant ces femmes émancipées, les premières féministes de l’Histoire.

Elles s’appelaient Yolanda, Ermantrude, Theodora et Boussarde, étaient forgeronne, médium, guérisseuse ou encore paysanne et menaient une existence sereine dans leur village de Sauzelle jusqu’à l’arrivée de Jacques Sprenger et de son manuel le « Malleus Maleficarum ». Véritable arme de terreur contre les sorcières, l’inquisiteur dominicain y décrit ces femmes comme étant maléfiques, l’œuvre du diable et tueuses d’enfants. La paisibilité du village laisse place à un régime de terreur où la délation devient la norme. Les quatre amies sont d’abord  les spectatrices révoltées de ces injustices puis deviennent, malgré elles, les principales cibles de ces attaques. COUPABLES, mais pourquoi ?

Sous les apparences enfantines d’un conte pour enfant narré par un chat noir, célèbre acolyte des sorcières, le récit prend rapidement une tournure inquiétante celle de l’Inquisition. Une période d’obscurantisme qui ne laisse place qu’à la terreur et la méfiance. Sous couvert de protéger le peuple des hérétiques, des déviants et des ensorceleuses « suppôts de Satan », le pouvoir religieux tend à étendre sa domination à coup de procès douteux et de séances de tortures publiques.

Les quatre héroïnes choisies par les deux auteurs permettent de mettre un visage sur toutes ces victimes, souvent innocentes et dont la seule culpabilité tenait dans le fait d’être une femme émancipée. D’ailleurs, de nombreuses organisations féministes actuelles reprennent comme emblème la sorcière, un véritable clin d’œil à celles qui se sont battues à leurs risques et périls pour leur liberté.

J’ai particulièrement aimé la richesse documentaire de ce roman graphique où les notes de bas de page et les références bibliographiques sont omniprésentes. Un vrai travail d’orfèvre dont on ressort enrichis de connaissances historiques souvent méconnues. La patte graphique de Singeon quant à elle, colorée et presque badine, a le mérite d’apporter de la légèreté et de ne pas alourdir l’atmosphère déjà très pesante de Sorcières disent-ils !.

Une bande dessinée que je recommande vivement à tous les amateurs de sorcellerie et d’Histoire !

En bref : Sorcières disent-ils ! est une bande dessinée ultra documentée qui retrace les origines de la chasse aux sorcières ou comment ces femmes jugées dangereuses car trop intelligentes et indépendantes ont été exécutées afin de diffuser un nouvel ordre patriarcal au service de la religion et du capitalisme.

A lire si : vous aimez les bandes dessinées mi-féministes, mi-historiques et vous avez envie de découvrir un pan de l’Histoire trop souvent occulté.

Cet album me fait penser à : « Aux armes citoyennes », Zazie.

Ma note : 15/20