Nous sommes le 8 mars 2021, journée internationale des droits des femmes. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un droit que toutes les femmes devraient avoir : le droit de s’aimer. J’ai choisi de mettre à l’honneur une artiste, Sweeney Boo, qui évolue dans un univers majoritairement masculin, celui des comics. A la fois illustratrice et lettreuse, elle aborde dans son premier comics, Eat and Love yourself, le poids des mots et la difficulté de s’aimer.  

Résumé : Mindy a 27 ans et travaille dans un café de Montréal. Timide et mal dans sa peau, elle souffre d’un trouble du comportement alimentaire depuis l’enfance. Un soir, dans son épicerie de quartier, elle achète une tablette de chocolat qui va lui permettre de revisiter son passé et lui offrir une chance de reprendre sa vie en main. Mais sera-t-elle capable de retrouver le chemin vers son présent, pour enfin s’accepter avec amour et bienveillance ?

Mon avis : Publié chez Ankama (Boom Studios outre-Atlantique), Eat, and love yourself est un comics pas comme les autres où vous ne trouverez pas de super héros en collants ou de vilains méchants à combattre. Au contraire, le scénario de Sweeney Boo est profondément personnel à la limite du témoignage. Comme un exutoire, elle fait référence à son mal-être et à ses démons du passé qu’elle tente de libérer.

Un témoignage qui prend les traits de Mindy, jeune femme pas très à l’aise dans son corps et souffrant de troubles alimentaires. Depuis son plus jeune âge, elle emmagasine les remarques de ses proches concernant sa relation avec la nourriture. Des commentaires blessants glissés par-ci par-là, et qui s’enracinent progressivement dans son inconscient. Mais Mindy ne peut plus supporter cette situation. Elle va devoir alors réaliser un vrai travail d’introspection pour comprendre qui elle est, vraiment.

« Maman ton histoire elle est trop belle », « J’ai l’impression que la fille s’est perdue dans la nuit mais qu’ensuite elle retrouve son chemin. » dixit ma fille de 3 ans ½ en train de feuilleter Eat, and love yourself.

Au-delà du scénario rythmé, mon œil a tout de suite été attiré par l’univers de Sweeney Boo. La colorimétrie est bien maitrisée ce qui est assez visible sur la couverture avec l’alliance du jaune et du violet (croyez-moi, son ouvrage se repère de loin dans les rayons de la librairie). Il y a aussi une omniprésence de nuances de violet qui est certes une couleur féminine mais dont la connotation négative renvoie à la mélancolie et à la solitude. Ce sont deux sentiments qu’éprouve l’héroïne tout au long de l’histoire.

Aussi, j’ai beaucoup aimé le fait que l’univers ne soit pas hyper sexualisé ou fantasmé. Mindy mène une vie lambda et gère son lot de problèmes du quotidien. N’étant pas dotée de supers pouvoirs, elle doit trouver les ressources en elle afin de combattre ses démons. Seul petit bémol, j’aurais aimé que les sujets, notamment celui de la dysmorphophobie, soient davantage creusés et que l’auteur donne quelques clés au problème de Mindy.

Au final, c’est une lecture que je recommande notamment aux novices en matière de comics. C’est une première approche du genre par son graphisme. Et c’est aussi une belle première pour Sweeney Boo qui prépare un nouveau projet pour 2022, Over my dead body, sur le thème de la sorcellerie et du mystère. Et moi qui adore les histoires de sorcières, j’ai déjà hâte !

En bref : Eat, and love yourself est un comics-témoignage destiné à faire comprendre ce que sont la dysmorphophobie et les troubles alimentaires et à aider ceux qui en souffrent. Le tout graphiquement bien réalisé. Un joli premier projet solo pour Sweeney Boo.

A lire si : Vous avez envie de lire un comics un peu différent autant par son univers (promis, il n’y a pas de super héros en collants) que par les thèmes qu’il aborde (troubles alimentaires, dépression, dysmorphie corporelle…).

Cet ouvrage me fait penser à : « Big girl, you are beautiful », Mika (pour la joie) ou « Beautiful », Christina Aguilera (pour la tristesse).

Ma note : 16/20