Qui a dit que les romans adolescents ne pouvaient pas être engagés ? Célia Samba prouve le contraire avec son premier roman La rue qui nous sépare.

La recette ? Prenez une couverture graphiquement réussie et pleine de sens. Ajoutez-y un titre qui interpelle. Saupoudrez de sujets rarement traités en littérature young adult. Mélangez et faites cuire pour 392 pages. C’est prêt. Appréciez.

Résumé : Noémia a dix-neuf ans, Tristan vingt et un. Ils se croisent tous les jours, ils se plaisent, c’est évident. Mais Noémia est étudiante et Tristan est sans-abri. Entre eux, il y a le froid, la société; entre eux, il y a la rue… qui pourrait se révéler difficile à traverser.

Mon avis : Lauréate du concours d’écriture « Nos futurs » lancé par les éditions Hachette Romans, Célia Samba aborde dans La rue qui nous sépare un thème rare en littérature de jeunesse/ado à savoir la précarité des sans-abris. Une jeune auteure humble qui, un jour, a décidé d’enlever ses œillères en « offrant une crêpe à un monsieur SDF qui portait un bonnet de Pikachu » (vous comprendrez la référence en lisant son livre). Dans son premier roman, elle veut, à son tour, aider à comprendre et à ouvrir les yeux au-delà des préjugés. Un pari réussi et réalisé avec une grande justesse.

La rue qui nous sépare est l’histoire de Noémia et Tristan, deux âmes perdues et blessées dans leur enfance. Malgré des trajectoires de vies opposées, leurs chemins se croisent et c’est un coup de foudre. Un électrochoc qui remet en cause toutes leurs idées préconçues. Mais une chose les sépare : la rue. Cette rue avec ses difficultés, ses dangers et surtout le regard des autres. Tristan et Noémia arriveront-ils à combattre leurs démons ? Leur amour sera-t-il plus fort que la réalité tragique de la rue ?

La romancière traite d’un sujet délicat sans pour autant faire culpabiliser le lecteur. On ressent toute sa bienveillance et son humanité tout au long du récit via le personnage de Noémia. Aurions-nous eu la même attitude que la jeune fille ? Serions-nous prêt à aller au-delà de nos propres barrières ? A travers le personnage de Tristan, jeune SDF, elle veut nous faire prendre conscience que le milieu de la rue est rude et que ceux qui s’y retrouvent ont souvent des parcours de vie chaotiques.

La plume de Célia Samba est efficace et sans fioriture. Instinctivement, elle donne envie de poursuivre notre lecture et d’en savoir toujours plus sur le cheminement des deux protagonistes. La progression au sein des chapitres par date voire par heure donne une réelle impulsion au récit et met en parallèle le quotidien de Noémia et Tristan. Deux réalités diamétralement opposées que l’auteure aurait encore pu davantage approfondir. Les traumatismes des deux personnages sont, à mon sens, abordés mais pas assez creusés ce qui enlève une pointe de profondeur à l’histoire.

Une lecture romancée mais poignante qui ne laisse pas indifférent.e et peut plaire à bon nombre d’adolescents ou d’adultes. Au-delà de l’histoire d’amour initiale qui laisserait suggérer un happy end un peu trop facile, Célia Samba y introduit de nombreuses préoccupations aussi bien personnelles que sociétales telles que le poids du regard des autres, la confiance en soi, la fracture sociale dans les relations amoureuses ou la précarité. Cela laisse alors planer le doute sur la finalité de l’histoire. A ce sujet, l’auteure réserve une double surprise à ses lecteurs. Un dernière question : êtes-vous plutôt réaliste ou utopiste ?  

En bref : La rue qui nous sépare est un roman réaliste qui donne une voix à ceux que l’on entend jamais, les sans-abris. A travers le regard de Tristan, l’auteure évoque la difficulté du quotidien, les histoires de vie tragiques et le poids des préjugés. Sans jamais nous faire culpabiliser, Célia Samba veut nous faire comprendre et nous emmener peut-être aussi, telles des Noémia, à briser nos a priori et à ouvrir les yeux sur ceux qui nous entourent.

A lire si : vous êtes sensibles aux causes nationales et que vous aimez les romances avec un petit plus qui prête à réflexion.

Cet ouvrage me fait penser à : « Caught by the river », Doves. « Life, You know it can’t be so easy. But you can’t just leave it. Cause you’re not in control no more. »

Ma note : 17/20