Au lendemain de la Saint-Valentin, la célèbre fête des amoureux où ceux qui s’aiment trouvent le prétexte de se le dire, j’avais envie, pour ma chronique du lundi, d’évoquer l’amour. Hier, 14 février 2021, vous avez sans doute fêté librement vos sentiments en les exprimant à l’être aimé.e, en lui offrant des fleurs ou tout simplement en lui tenant la main par une balade ensoleillée.

Vous trouvez sans doute cette fête un peu trop commerciale ? Voyez cela comme le prétexte à célébrer l’amour aux yeux de tous. Celui que vous avez choisi.

Vous n’êtes pas sans ignorer, qu’au XXIème siècle, la liberté d’aimer n’est pas un droit acquis dans tous les pays. Et ceux qui y s’aiment doivent encore se cacher, s’ignorer, se contraindre…

Alors aujourd’hui, j’avais envie de mettre en lumière Jane Deuxard qui se bat pour donner, en Iran, la parole à des jeunes à travers une BD-Reportage, Love story à l’Iranienne.

Résumé : En Iran, les jeunes ne sont pas plus libres aujourd’hui. Rien n’a changé depuis l’arrivée au pouvoir de Hassan Rohani et l’accord signé avec les grandes puissances occidentales sur le contrôle du programme nucléaire iranien. Ces témoignages ont été recueillis sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad puis durant celle de son successeur, Hassan Rohani, qualifié de réformateur par la communauté internationale.

La jeunesse essaie-t-elle encore de se révolter contre le régime des mollahs, comme en 2009 ? Gila, Saeedeh, Omid, Leïla, Vahid et tous les autres ont moins de 30 ans. Ils viennent de tous les milieux sociaux, nous les avons rencontrés dans tout le pays. Ces jeunes ne cherchent plus à s’opposer à un régime trop fort pour eux, ils ont désormais un seul objectif, un impératif, une obsession : s’aimer. Malgré le régime. Malgré la tradition.

Mon avis : Paru en 2016, Love story à l’iranienne reste un roman graphique aux thèmes toujours très actuels en Iran : le contrôle de la population par le régime  et la quasi suppression des libertés individuelles. Fruit de travail clandestin de Jane Deuxard, couple de journalistes sous pseudonyme, ce recueil de témoignages rares brosse le portrait d’une jeunesse tiraillée entre modernité et poids des traditions.

On y découvre dix portraits d’hommes et de femmes âgés entre 20 et 30 ans, qui sous couvert d’anonymat, expriment leur vision de l’amour et des relations sentimentales. Des portraits très hétéroclites, de révoltés à résignés, qui témoignent de la difficulté d’être jeune et de s’aimer en Iran au XXIème siècle. Au-delà de cette thématique centrale, on ressent aussi cette ambiance lourde d’une société sous contrôle où les dénonciations sont monnaies courantes.

Outre mon intérêt personnel pour le monde oriental et ses traditions, j’ai adoré le format donné à ce roman graphique. Mis en images par Deloupy (Dans la peau, 2018) à la manière d’un carnet de voyage, on y ressent l’atmosphère qui y règne, la tension et la patte journalistique des auteurs. Les témoignages sont recueillis avec justesse, sans jugement mais avec beaucoup d’émotions. J’ai apprécié notamment que Jane Deuxard soient visuellement inclus dans les planches graphiques. Un travail humain d’une grande qualité qui s’allie à un devoir professionnel d’information. Bravo !

En bref : Love story à l’Iranienne est une recueil de témoignages à la fois révoltants et bouleversants. Un portrait réaliste d’une société contrôlée où les jeunes essaient, malgré les difficultés, de s’aimer.

A lire si : vous aimez les BD engagées pour les droits des Hommes et que vous avez envie d’en connaître un peu plus sur le régime iranien.

Cet ouvrage me fait penser à : « Freedom », Pharrell Williams. « Your first name is Free. Last name is Dom. We choose to believe. In where we’re from. » 

 

Ma note : 20/20